Comment protéger les jeunes Internautes ?
"Analyse des moyens existants pour protéger les enfants contre les dangers liés à leur utilisation d'Internet"

Stéphane Heller - mars 2000

Université de Lausanne

Faculté des Lettres

Section d'informatique et méthodes mathématiques

stephane.heller@cova.ch

RESUME

1. Introduction, présentation

Le travail présenté ci-dessous a été réalisé sous la direction du Prof. Eric Keller entre février 1999 et mars 2000 dans le cadre d'un mémoire de licence de la faculté des Lettres de l'Université de Lausanne (section "Informatique et Méthodes Mathématiques").

Etant enseignant depuis près de dix ans et responsable informatique dans un établissement scolaire du canton de Vaud, l’encadrement des enfants et l’utilisation des nouvelles technologies de l’information dans l’éducation me tiennent particulièrement à coeur. J’utilise à titre personnel le réseau Internet depuis de nombreuses années et depuis un peu plus d’un an également avec mes élèves. C’est donc tout naturellement que s’est imposé à moi le thème du présent mémoire; celui-ci me permettant de lier mes passions d’informaticien et mes préoccupations d’éducateur.

2. Les éléments clés du mémoire

Le premier chapitre présente au lecteur une palette non exhaustive de contenus, légaux et illégaux, disponibles dans les divers services utilisant le réseau Internet : que ce soit sur le World Wide Web, dans les groupes de discussion ou lors des séances de dialogue en direct. Ce chapitre présente et survole un certain nombre de cas dans lesquels les enfants utilisant le réseau Internet peuvent être confrontés à des images, des sons, des textes qui leur sont inappropriés, préjudiciables voire dangereux. Etant entendu que les notions de contenus dangereux et contenus inappropriés varient en fonction de l'enfant lui-même, de son âge, de son éducation ... Ce qui serait anodin pour l'un pourrait s'avérer traumatisant pour un autre et vice-versa.

Le second chapitre se focalise sur le cas des contenus illégaux. On y apprend que l'Internet ne vit pas dans un vide juridique et que les lois édictées à l'encontre de matériaux distribués par les canaux " traditionnels " (livres, cassettes vidéo ... ) sont en général appliquées en l’absence de législations spécifiquement étudiées pour Internet. Il est donc assez facile de savoir si un contenu est légal ou illégal. Malheureusement ce qui légal dans un pays peut être illégal dans un autre. Doit-on dès lors appliquer la loi du pays d'émission ou la loi du pays de réception ? Quel est le degré de responsabilité des divers protagonistes (fournisseur d'accès, hébergeur, auteur) lors de la diffusion d'un contenu illégal ? Toutes ces questions montrent que si les gouvernements ne créent pas des règles juridiques ou au minimum des directives adaptant certaines notions du Droit aux spécificités du réseau Internet, les tribunaux seront dans l'impossibilité de statuer de manière adéquate sur les affaires liées à ce nouveau média.

Il existe également de nombreux sites Internet qui, tout en restant parfaitement légaux, n'en présentent pas moins des contenus " à ne pas mettre entre toutes les mains ". Le troisième chapitre est consacré à certaines décisions politiques récentes visant à assurer, par voie légale, une meilleure protection des enfants en contrôlant la diffusion de contenus "inappropriés" sur Internet.

Le quatrième chapitre présente le fonctionnement ainsi que les avantages et inconvénients des systèmes d'étiquetage basés sur le protocole PICS : protocole permettant d'identifier les contenus circulant sur Internet à la manière de ce qui se fait avec les logos de couleur utilisés à la télévision. Les auteurs peuvent classifier leurs pages et les utilisateurs peuvent les filtrer en fonction de critères qu'ils prédéfinissent. L'étiquetage des sites serait-il la panacée pour filtrer les contenus ? Pas sûr ! En raison de sa jeunesse, de sa relative complexité et en l'absence d'un large consensus, ce type de catalogage est encore assez peu utilisé par les éditeurs de pages Internet. Par conséquent, l'utilisateur qui opte pour ce genre de protection doit savoir qu'il ne va réellement pouvoir filtrer qu'une très faible partie des contenus circulant sur le réseau.

Adaptés des anciens programmes de filtrage de textes, les récents logiciels de bloquage et de filtrage présentent une alternative aux systèmes d'étiquetage décrits dans le chapitre précédent. Dans le chapitre cinq deux de ces logiciels sont présentés (SurfWatch et CyberPatrol); ceux-ci ont l'avantage d'être directement utilisables et, même s'ils ont aussi leurs points négatifs, ils se montrent assez efficaces.
Ces programmes spécialisés permettent non seulement de bloquer ou d'autoriser l'affichage de contenus sur la base de listes de sites prédéfinies, mais également de gérer divers autres aspects de l'utilisation d'Internet; par exemple : interdiction d'accès à des groupes de discussion ou à des forums de dialogue en direct, contrôle des horaires d'accès ...

Le dernier chapitre présente ce que j'ai appelé la protection humaine, on n'y parle pas de lois ni de bloquage ou encore de filtrage mais plutôt d'éducation, de dialogue, de relation adulte-enfant, de partenariat, de charte …
En effet, la grande majorité des éducateurs ou des parents qui ont fait leurs expériences avec le réseau Internet semblent d'accord pour affirmer que l'éducation, la surveillance, le dialogue sont certainement les meilleurs moyens pour protéger l'enfant. Et ce, non pas pour éviter qu'il tombe sur des contenus inappropriés, chose qui ne pourra jamais être garantie totalement avec ou sans l'utilisation de logiciels, mais plutôt pour lui donner les moyens de réagir de façon adéquate si un tel cas survenait.

En conclusion :

Protéger les enfants en bloquant ou en filtrant les contenus inadéquats juste avant qu’ils apparaissent sur l’écran de l’ordinateur est une solution envisageable. Cependant, les systèmes d’étiquetage (basés sur le protocole PICS) visant une classification des sites similaire à ce qui se fait pour les films ou les émissions TV ne sont pas encore finalisés. D’ailleurs on peut légitimement se demander s’ils le seront vraiment un jour et si une technologie de ce type est objectivement réalisable dans le cadre global d’Internet.

Quant aux logiciels spécifiques de filtrage comme CyberPatrol ou SurfWatch, qui eux fonctionnent parfaitement aujourd’hui déjà, ils ont l’inconvénient soit de ne pas offrir une garantie totale soit d’effectuer une censure excessive. L’utilisation de ce type de programmes peut-être envisagée dans les cas où l’accès à Internet se ferait majoritairement sans la supervision d’un adulte; ce qui sera probablement plus fréquent dans le cadre familial que dans le cadre scolaire.

On remarque donc que la protection la plus efficace reste la protection humaine. L’encadrement des jeunes internautes est la meilleure solution à plus d’un titre :

- Par son côté éducatif. L’enfant est guidé à travers les méandres du réseau, ce qui lui permet d’effectuer de meilleurs choix et de plus riches apprentissages.

- Par la responsabilisation personnelle induite. En utilisant un code de conduite plutôt qu’un logiciel de filtrage, non seulement on augmente l’autonomie de l’enfant, mais on lui apprend également à prendre ses responsabilités et à assumer les conséquences de ses choix.

- Par l’interaction sociale produite. L’encadrement permet une ouverture au dialogue adulte-enfant évitant ainsi que ce dernier ne se renferme ou ne s’isole derrière l’écran de son ordinateur.
Dans le cas particulier d'un établissement scolaire, cet encadrement offrira une ouverture supplémentaire au partenariat parent-enseignant.

- Par augmentation du climat de confiance. Cette collaboration régulière créera une confiance mutuelle qui permettra à l’enfant d’utiliser l’outil Internet de manière réfléchie et sans tabou.

Afin de pouvoir effectuer un encadrement de bonne qualité, l’adulte qu’il soit parent ou enseignant, se doit d’être informé. Informé sur les risques que peuvent courir les jeunes internautes, mais également sur les moyens permettant de lutter contre ces méfaits. L’annexe I du présent mémoire comporte un listing de conseils pratiques souvent très simples et faciles à mettre en œuvre mais qui augmenteront la sécurité des enfants.

Dans ce travail, il a été question principalement des dangers que représentent certains aspects d’Internet pour les enfants. On l’a vu, il y a des cas graves (pédophilie) et des cas plus anodins. Cependant, je pense, comme beaucoup d’internautes, que les richesses apportées par ce nouveau média dépassent très largement ses aspects négatifs. La majorité des enfants de notre pays ont déjà ou auront bientôt accès à cette nouvelle technologie. C’est à nous, adultes, par notre encadrement de les guider, de les protéger et d’attirer leur attention afin qu’ils utilisent Internet avec efficacité et muni d'un regard critique.


3. Les annexes

Ce travail de mémoire comporte deux annexes importantes :

- "Quelques petits conseils pratiques pour parents et éducateurs."
Une compilation des divers conseils trouvés sur de nombreux sites Internet.

- "Code de conduite définissant les conditions d'utilisation des services du réseau Internet dans une école"
Un exemple de charte d'utilisation d'Internet, signée par parents et enfants, élaborée sur la base de nombreux exemples trouvés sur les sites de diverses écoles à travers le monde. Ce code de conduite est actuellement utilisé avec satisfaction dans notre école.

4. Les extensions possibles

Ce mémoire est un travail de recherche relativement important d'une cinquantaine de pages A4, ce qui n'en fait pas vraiment un outil accessible au grand public. Cependant, je pense que le sujet est suffisamment important pour mériter une diffusion à plus large échelle. Mon objectif est donc d'adapter ce travail afin de faire une petite brochure à l'attention des éducateurs, qu'ils soient enseignants ou parents.

5. Références

Heller Stéphane, "Comment protéger les jeunes internautes ? ", mars 2000.
http://www.webcour.ch/cour/heller/

Heller Stéphane, "Quelques petits conseils pratiques pour parents et éducateurs.",
mars 2000.
http://www.webcour.ch/cour/heller/

Heller Stéphane, "Code de conduite définissant les conditions d'utilisation des services du réseau Internet dans une école", mars 2000.
http://www.webcour.ch/cour/heller/

Ils ont parlé de mon mémoire:
Rapelli Silvia , "Safe surf sur Internet", in "Fémina" N° 23 juin 2000
http://www.femina.ch/femina/enfants/surf.html

Weigand Ellen, "Eduquez vos enfants à surfer sur Internet", in "Bon à savoir"
N° 8 août 2000
http://www.bonasavoir.ch/archives/sommaire2000_08a.htm

Hurlimann Gaël, "Parents, laissez vos enfants consommer Internet sans filtre!" in , Rubrique: SCIENCES & MULTIMÉDIA
Mardi 6 mars 2001
http://www.letemps.ch
6. Contact

Stéphane Heller Rue de la Tour 49
1277 Borex
email : stephane.heller@cova.ch

Le mémoire dans son intégralité
(54 pages / 1Mo)

Conseils aux éducateurs (parents-enseignants)
(2 pages / 12ko)

Exemple d'un code de conduite
(2 pages / 12ko)

 
Voici quelques commentaires reçus à propos de ce travail :
"Je trouve ce texte d'une grande qualité, très utile, il est agréable à lire: en somme il est très bien fait."

Fiorella GABRIEL, directrice du DIPCO
(DIPCO: Développement et Innovation Pedagogique au Cycle d'Orientation)
Genève

"In Ihrer Arbeit werden alle fuer diesen Bereich wichtigen Aspekte angesprochen. [...] Sie haben mit Ihrer Arbeit einen wervollen Beitrag zu einer Thematik geleistet die bisher bei Erziehern leider zu wenig diskutiert wird."

Doris MIOTTO, Peter BUCHER
Bildungsdirektion des Kantons Zürich

"Travail très fouillé, bravo! Je garde soigneusement la page dans mes signets, c'est une référence."

Jean-Pierre NATER, instituteur 5P
Ecoles Communales de Martigny, CH

"C'est avec beaucoup d'intérêt que nous avons lu votre mémoire de licence sur la protection des jeunes internautes. [Nous ]aimerions avec votre accord faire paraître des extraits de votre excellent mémoire de licence [dans notre journal scolaire]."

Walter BUCHER.enseignant
Ecole Protestante,Sion

"Bravo encore pour votre beau travail."

Eric KELLER, directeur de mémoire
Professeur de l'Université de Lausanne